mercredi, 05 septembre 2007
1981 : Vous reprendrez bien un petit air de victoire…
1981
Vous reprendrez bien un petit air de victoire…celle de 1981 est sans nul doute la plus belle pour le peuple de Gauche. La Gauche n’avait pas été au pouvoir depuis belle lurette. C'était pour François Mitterrand la victoire de l’obstination, lui qui n’en était pas à sa première candidature à l’Elysée.
C’est la victoire d’une recomposition amorcée en 1971 au congrès d’Epinay, celle du dépassement du PCF par son vieux rival socialiste…C’est aussi la victoire de l’utopie, d’une génération qui ne s’est pas encore frottée au pouvoir, qui n’a pas mis les mains dans le cambouis. Mitterrand, lui, fort de sa longue expérience sous la IVeme république, professait ainsi « Profitez-en. Vous ne reverrez jamais cela. »
Alors, pourquoi évoquer ce souvenir qui tient lieu de mythe fondateur au moment où la France s’est donné un président d’une droite dite décomplexée.
1981 est devenu un roman sous la plume du rédacteur en chef du canard : Erik Emptaz. A travers Elise, son héroïne chargé de mission au palais, le lecteur se plonge dans la l’état de grâce de la Gauche en 1981.
L’auteur décrit l’état de fébrilité de la France de droite, ses peurs de cette gauche aux quatre ministres communistes. Il raconte à travers une anecdote rieuse les capitaux qui quittent la France pour la Suisse. Et ce journaliste de Libération, un certain Joffrin, Laurent de son prénom, qui passe une annonce se faisant passer pour un passeur pour illustrer la fuite des capitaux et qui tombe sur une journaliste de France 2, faisant un reportage sur le même sujet en se faisant passer pour un client !
On partage la vie de la cour mitterrandienne, la montée du panthéon, celle de la roche de Solutré avec Jack Lang, Dalida, Pascal Sevran, Roger Hanin…Ces deux personnalités ont par nostalgie des réceptions à l’Elysée ou amour des grandeurs, déclarées leur flamme au locataire actuel de l’Elysée. Le pouvoir attire…
On suit l’arrivée des socialistes vécue par l’un des derniers bourreaux de notre pays, chargé de la guillotine, que nous retrouvons à la Une de la presse people au moment de l’abolition de la peine de mort. Robert Badinter a joué un rôle clé dans cette abolition, marquant de son humanisme une décision importante.
On sent que l’auteur s’amuse à évoquer, avec légèreté et irrévérence cette période à l’aune de la victoire du « tout est possible ». Imprimer en avril 2007, le lecteur sent présent la campagne de 2007. Les coteries sont déjà présentes en 1981…les people aussi…Ils se sont démultipliés en 2007. A travers un des personnages pointe une réalité moins légère, avec l’apparition des premiers malades du SIDA.
Ce roman a pour mérite de démystifier les premiers pas socialistes…Il fait partie des œuvres contribuant à la rénovation. Dépasser 1981, pour mieux redéfinir la Gauche, la manière de se comporter au pouvoir. Pas si mal !
Mitterrand n’est pas que le héros du Panthéon…nous offrant quelques belles images d'un héritier des combats de Jean Jaurès, Jean Moulin…Un autre journaliste Edwy Plenel nous a magnifiquement raconté la part d'ombre de ces 14 ans de pouvoir.
Ce livre évitera dans la défaite de 2007 une trop grande nostalgie de la belle époque de la Gauche triomphante. Pas si mal pour un roman à l'apparente légèreté!
Erik Emptaz, 1981, Grasset, avril 2007.
06:55 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : 1981, François Mitterrand, Erik Emptaz, 2007


